

''Souvenirs d’enfance'' par Sophie Daoust
M. Claude Daoust:
Mon grand-père a travaillé pour creuser le canal avec des chevaux de chez lui, d’où il demeurait à Saint-Lazare. Il commençait le matin au lever du soleil et ça allait jusqu’au coucher du soleil. Le soir, il retournait chez lui avec ses chevaux pour 50 cents par jour en fournissant les chevaux et tout ce qu’il fallait.
Ils appelaient ça des ‘’scrapers’’ dans le temps. Ils rentraient dans les terres pour aller creuser ce qui est aujourd’hui la route sur le bord du canal, et aussi les accotements qui récoltent l’eau pour ne pas inonder les terres (agricoles).
Le canal de Soulanges, je ne m’imaginais pas ce que c’était. Dans les années 45, j’étais allé au canal en bicyclette, à partir d’où je demeurais pour voir ce que c’était. J’ai découvert le canal sur le chemin Saint-Dominique avec les ponts qui ouvraient. Il y avait un monsieur qui était là qui nous connaissait, que moi je connaissais pas, qui nous faisait faire ce qu’on appelait un ‘tour de pont’. Ça veut dire que le pont ouvrait, il laissait passer le bateau, il le ramenait, et nous on pouvait débarquer et s’en retourner. Il y avait les côtés, et chaque bout on pouvait sauter à l’eau.
C’était un engrenage qui faisait que les moteurs ouvraient le pont. Ca faisait un petit bruit, mais c’était pas bruyant. C’était bourré de graisse pour que ça ouvre facilement. C’était lourd ces ponts-là, c'était tout en acier. Ca ouvrait, et puis il y avait des appuis à chaque bout du pont, que quand le pont était ouvert, le pont arrivait sur ces appuis-là (sur la rive) le temps que le bateau passait.
J’ai commencé en 55 à attendre que le pont soit ouvert pour passer avec les véhicules. S’il venait un bateau, ça prenait 10-15 minutes avant que le bateau passe, des fois plus. S’il en venait deux c’était encore plus long. Il fallait attendre que les bateaux passent pour pouvoir utiliser le pont. La municipalité des Cèdres devenait une île. J’ai vu toutes sortes de bateaux passer. En attendant le pont, on les regardait passer. Des fois, il y avait des gens sur les ponts et ils nous envoyaient la main.
C’était terrible, la fermeture, par rapport à la voie maritime qui ouvrait de l’autre côté, à Beauharnois. Les fermiers étaient contents parce qu'ils n’attendraient plus pour passer, mais d’autres disaient que ça enlevait des emplois, et aussi c’était la beauté de voir passer des bateaux.
Ça fait partie de l’histoire de Coteau-du-Lac, Les Cèdres et Pointe-des-Cascades, qui est l’entrée du canal, et Les Coteaux, anciennement Coteau-Landing. On entendait vraiment le bateau crier, on l’entendait où je demeurais à Saint-Dominique. Ça couvrait Les Cèdres au complet. On savait quand les bateaux passaient, on disait ‘’Oh! Un bateau!’’, ‘’Oh! Un bateau!’’. C’est mes souvenirs à moi.