

''Entrevue avec Monsieur et Madame Marleau'' par Natacha Marleau
Gaetan: Le canal s’est creusé de 1892 à 1899. Il a été ouvert en 1899. Ils pensaient au début que le canal aurait été fait en trois ans, qu’il aurait été fini en 1895, mais il est arrivé des déboulements. Ils ont été obligés de tout refaire le canal, tout le cimenter dans le bord à ben des places par rapport que la terre déboulait. Et puis, il a été fini quatre ans plus tard. Au lieu d’en 95, il a été fini en 1899. Il a été ouvert de 1899 jusqu’en 1959 : il a été fonctionnel pendant 60 ans.
Ça amenait beaucoup de travail dans la région, beaucoup d’immigrants sont venus rester dans la région pour la construction du canal.
Geneviève: Ben oui, il y avait des immigrants polonais, italiens, qui sont venus travailler pour creuser le canal. Mon grand-père, moi, Émile Maximilien Isabelle, est parti de Sherrington pis est venu jusqu’ici pour creuser le canal dans ces années-là.
Gaetan: Mon père était 32 ans sur le pont de Saint-Emmanuel. Mon grand-père a travaillé à creuser le canal, et mon père tournait le pont à Saint-Emmanuel pendant 32 ans. Nous, on était privilégiés, on a appris à tourner le pont à l’âge de 14-15 ans. Mon père nous laissait tourner le pont.
Geneviève: Avant que ça se ferme, je me rappelle quand j’allais à l’école, on faisait des tours de pont, comme on disait. Les ponts tournaient pour laisser passer les bateaux. On surveillait, si y’avait des bateaux qui s’en venaient, on se dépêchait à embarquer sur le pont pour faire un tour de pont.
Gaetan: Y’avait six ponts tournants tout le long du canal. Y’avait à Cascades un pont tournant, y’avait à Saint-Antoine (le rang Saint-Antoine) un pont tournant, y’avait Saint-Féréol (Les Cèdres) un pont tournant, Saint-Dominique y’avait un pont tournant, Saint-Emmanuel…je pense qu’il y en avait 7! Puis Les Coteaux (Coteau Landing autrefois), on est rendus à 7. Je pensais qu’il y en avait 6, mais je pense qu’on est rendu à 7.
Au début, c’était des barges tirées par des tugs. Après ça c’était des bateaux, ils appelaient ça des canaliers. Il y en avait des États-Unis, mais c’était surtout des bateaux canadiens : la Canada Steamship Line.
Les bateaux des États-Unis faisaient leur région: le lac Michigan, etc. Pour le temps, c’était des bateaux qui étaient assez gros. Ils transportaient surtout du bois et des céréales qui venaient de l’ouest. Les céréales arrivaient à Thunder Bay, dans les Grands Lacs, puis elles traversaient jusqu’ici.
Les dernières années que le canal était ouvert, il y avait des bateaux qui venaient surtout de la Norvège, de la Suède et du Danemark. Mais, les écluses devenaient trop petites pour ces bateaux-là. C’est à ce moment-là qu’ils ont décidé de faire le canal à Beauharnois. Au lieu d'agrandir le canal de ce côté-ci, ils ont construit un plus grand canal à Beauharnois.
Geneviève: La fermeture (du canal) a apporté beaucoup de tristesse parmi la population à Coteau-du-Lac. Elle a aussi apporté de l’insécurité à cause du manque à gagner qui pouvait arriver.
Je veux souligner aussi le nombre de personnes affectées à l’entretien du canal, des rives du canal. C’était toujours très propre. Quand les bateaux passaient, on pouvait voir très clairement tout l’extérieur du bateau. Les matelots, les mousses, nous envoyaient la main. Ça nous donnait l’envie de voyager, de sortir de notre milieu. Ça apportait une agitation, un plaisir de voir passer les bateaux.