

''Un voyage à vélo'' par Justine Verrault Fortin
(Narration) Justine:
J’ai toujours trouvé qu’on allait loin des fois pour faire des choses qu’on pouvait faire juste à côté de chez nous. Je suis partie de Montréal le 18 juillet 2015 à vélo. J’avais trois jours de libres entre deux contrats. Trois jours dans lesquels j’avais pas vraiment ni le temps ni les moyens de descendre en Gaspésie. J’avais envie d’être sur le bord de l’eau, j’avais envie de voir l’horizon. C’est l’horizon qui me manquait quand j’étais à Montréal.
Je me suis fait donner ce vélo-là, c’est un vieux vélo récupéré dans une grange. J’ai décidé de partir un matin en vélo-camping. J’avais envie d’être libre, d’avoir avec moi tout ce dont j’avais besoin pour dormir n’importe où : une petite tente, un petit matelas de sol, un sleeping bag et quelques vêtements.
J’avais trois jours devant moi. Donc, j’ai pris mon vélo et je suis descendue, pas pressée. Il était 11h du matin quand je suis partie. Je n’étais pas super en forme, en fait. Je suis donc partie à 11h du matin, et je suis descendue vers le Vieux-Port. C’est beau le Vieux-Port le matin, il y a moins de touristes. Il faisait super beau, c’était une magnifique journée, gros soleil. Après, je me suis dit que mon but était de longer le fleuve, longer le fleuve vers l’ouest.
Je viens de la Gaspésie. J’avais pas le temps, à ce moment-là je pouvais pas descendre là-bas, mais l’eau me manquait. Je me suis rendu compte que finalement, de l’eau il y en avait partout ici aussi. Il y en avait autour de Montréal, et j’avais pas besoin de me taper 800 km pour voir le fleuve.
Donc, le chemin facile en arrivant au Vieux-Port c’était de continuer vers l’ouest le long du canal Lachine. J’avais souvent fait ce trajet-là, c’est une piste cyclable magnifique. Donc après le canal Lachine, continuons vers l’ouest, on longe tout l’ouest de l’île de Montréal. Il y a souvent la vue sur l’eau, il y a beaucoup de petits parcs. Je me rappelle de m’être rendu compte que l’eau que je croisais allait finir par se rendre en Gaspésie, je trouvais ça beau.
Après l’ouest de l’île, on tombe à Sainte-Anne-de-Bellevue. Là, il y a une espèce de structure en tourbillon que les cyclistes peuvent emprunter pour traverser de l’autre côté. C’est vraiment une structure particulière, ça m'a beaucoup frappé. Je me suis arrêtée en haut, j’ai pris plein de photos, le paysage est magnifique. On dirait que c’est l’endroit où on se rend compte que Montréal est une île, on se rend compte de l’importance de l’eau dans cette région-là. On a tendance à oublier l’eau à Montréal, oublier qu’elle est là et qu’elle nous encercle.
Après le petit bout de l’Île-Perrot où il y a très peu de pistes cyclables, qu’on se promène sur le boulevard, et on attend que ça passe, c’est après que le vrai voyage a commencé.
Je suis arrivée à Pointe-des-Cascades. J’ai fait le tour de ce petit village-là, j’ai trouvé ça charmant. C’était un peu la campagne tout d’un coup, il n’y avait plus la même ambiance qu’en ville. C’était des petits commerces, c’était des parcs avec des ancres. C’était tellement maritime comme endroit. C’est là que je suis tombée sur le canal.
J’ai vu les indications pour une piste cyclable, et je me rappelle avoir vu ‘’Coteau-du-Lac’’, une vingtaine de kilomètres. J’ai regardé le soleil et j’étais tellement fière, j’avais encore tellement d'énergie que je me suis dit ‘’Bon, je la suis cette piste cyclable là et je me rends jusqu’à Coteau-du-Lac’’.
C’est là que j’ai découvert le canal de Soulanges. C’est une piste cyclable vraiment magnifique avec des arbres tout le tour : un toit d’arbres. Je regardais le soleil qui se couchait et il éclairait le canal. La lumière que ça dégageait, c’est indescriptible, j’aurais pu faire le tour du monde pour vouloir trouver cet endroit-là. C’est là que je me suis dit que c’était décidé, que mon projet gros mouvement de vie allait être de déménager ici.
J’ai continué mon chemin vers Coteau-du-Lac. Je suis passée en avant du Petit Pouvoir : ce château-là en plein milieu de nulle part, une espèce de construction avec une architecture assez particulière. Je comprenais pas que ce soit si près de chez moi, et que je n’avais jamais entendu parler de ça, j’avais aucune idée de ce que c’était. Je me sentais comme dans un autre monde, j’étais complètement dépaysée.
J’ai fini par arrêter à Coteau-du-Lac. Il faisait noir, j’avais aucun endroit où aller me camper. Je ne connaissais pas la place et il me restait pu beaucoup de pile dans mon cellulaire. J’ai fait un peu le tour du village et je me suis trouvé un restaurant. En fait, il n’y avait aucun restaurant d’ouvert, il était super tard. J’ai fini par croiser une dame qui m’a indiqué une maison en plein milieu du village, il n’y avait même pas de pancarte! Elle m’a encouragé à y aller, et effectivement, c’était un bistro super sympathique dans le village.
Je me suis assise, je suis allée manger, j’étais toute seule dans le restaurant. Finalement, il y a deux gars qui sont rentrés et on s’est mis à discuter. On a eu beaucoup de plaisir. Il y en a un qui m’a invité à planter ma tente chez lui. Il habitait sur le bord de l’eau, c’était parfait, en dessous d’un gros saule pleureur. Je ne pouvais pas demander mieux.
Le lendemain, je suis repartie vers Oka. J’ai dormi là-bas, j’ai fait une plus petite journée pour revenir ensuite le lendemain par le Nord. Je ne voulais pas revenir sur mes pas. Mais Coteau-du-Lac, c’était resté dans ma tête. Ça n'a pas été long avant que je recontacte un des deux gars que j’avais rencontré, celui qui m’avait invité à piquer ma tente chez lui.
Aujourd’hui on est en 2019 et ça va faire trois ans cet été que j’habite à Coteau-du-Lac, que je vais marcher le long du canal de Soulanges, et que je vais faire du vélo le long du canal de Soulanges. Je trouve que ce voyage à vélo là, c’est la plus belle chose qui me soit jamais arrivée.