De la commune de Sainte-Croix au quartier manceau

Avenue de Paris (Avenue Bollée) début du XXe siècle. Archives du Mans

Avant son annexion à l’agglomération mancelle en 1855, Sainte-Croix était une commune typiquement rurale avec ses métairies, ses fermes, ses champs, ses vignes, ses vergers. Au lendemain de la Révolution, la désertion et le désintérêt des quartiers médiévaux et des faubourgs du Mans se poursuivirent. Certains notables et industriels décidèrent l’implantation de belles demeures bourgeoises ou de propriétés terriennes sur le flanc est de la ville du Mans. Grâce à une situation idéale, proche de la ville et développée le long de l’ancienne route menant vers Paris (l’actuelle avenue Bollée), la commune de Sainte-Croix devint une véritable « accroche » à de futurs spéculateurs et industriels qui y installèrent leurs manufactures et des sites industriels.

Avenue de Paris (Avenue Bollée) début du XXe siècle. Archives du Mans

L’activité religieuse ne fut pas de reste. Après leurs destructions et leurs disséminations durant la Révolution, les communautés religieuses reconquirent de nouveaux emplacements sur la commune de Sainte-Croix : de dimensions modestes contrairement aux enclos médiévaux, de nouveaux établissements religieux s’installèrent. Les Carmélites y établirent, conjointement, un atelier de peinture sur verre placé sous la férule d’Eugène Hucher et dont la renommée et la qualité des œuvres débordèrent très largement les limites départementales voire nationales. Au décès du maitre-verrier en 1889, l’établissement connut une fermeture prématurée. Autre exemple de développement religieux : en 1813, Madame Négrier de la Crochardière fonda l’établissement des Filles de la Trinité qui avait pour vocation d’aider les pauvres de la commune de Sainte-Croix. Cette congrégation connut une gloire éphémère mais indique bien l’engouement d’une société aristocratique pour ces espaces libres de toute construction. N’oublions pas également la communauté de Sainte-Croix et les Sœurs Marianites de Sainte-Croix guidées par la personnalité charismatique de l’abbé Basile Moreau qui rayonna sur une partie du globe. 

Bienheureux Basile Moreau, fondateur. Wikimedia Commons

L’annexion de la commune une fois réalisée, la réorganisation de la vie politique, économique, commerciale et industrielle se précipita par l’installation des établissements scolaires, la construction d’une nouvelle église Sainte-Croix puis l’installation des lignes de tramway.

Eglise Sainte-Croix. Le Mans, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Signes d’une nouvelle ère industrielle : les usines de matériel roulant Carel et Fouché, les usines Bollée route de Paris et les entreprises relatives à la fabrication de chaussures - pour ne citer que les plus connues - augmentèrent leur cadence. Autres reflets de la vitalité économique locale : les constructions d’immeubles et de demeures de notables. Le long de l’ancienne route de Paris-devenue en 1913 l’avenue Bollée- de belles propriétés s’y installèrent arborant non sans fierté des façades aux styles variés et élégants. Artère principale menant vers le cœur de ville, la route de Paris se devait de présenter tous les modèles d’excellence afin de donner une image positive et dynamique du lieu et des résidents. Dès sa création, cette avenue était considérée comme une égale de l’avenue des Champs-Élysées !


Actuellement, le promeneur peut encore y admirer quelques beaux exemples de vénérables demeures datant du XIXe - début XXe siècle, vestiges d’un passé glorieux...