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André

André s’enfuit le 3 mai 1767 de chez le tavernier James Crofton à Montréal; il est annoncé dans la Gazette de Québec le 14 du même mois. Métissé, il est qualifié comme étant né au Maryland et âgé de 23 ans.

Il est décrit avec des doigts croches, une «bouche extraordinairement grande» et les «lèvres grosses», une image qui n’est pas sans rappeler les caricatures de personnes afro-descendantes et africaines à travers les époques.

Une récompense de 8$ est offerte pour son retour.

À l’instar de plusieurs autres esclaves polyglottes, il parle bien anglais, français, un peu hollandais et écossais.

Le nota bene qui clos l’avis stipule qu’il est remarquable pour se mettre proprement, donc bien habillé, et pour porter un mouchoir sur la tête. Ce trait particulier le relie aux deux rives de l’océan Atlantique, que ça soit par les turbans portés en Afrique ou les foulards de tête que l’on retrouve dans les villes et plantations des Amériques.

Dans les années 1780, le gouverneur espagnol de la Louisiane imposa aux femmes noires de se couvrir la tête afin de ne pas porter ombrage aux femmes blanches par l’élégance de leurs coiffures. Ce qui fut appelé les lois tignons (le nom donné à ces foulards) eu l’effet contraire car ces femmes commencèrent à parer leur foulard de manières somptueuses et imaginatives.

Les papiers de la liberté

L’un des éléments les plus significatifs de cet avis de recherche est le fait que l’on suppose d’André «qu’il porte avec lui de faux certificats de sa franchise et de faux passeports». Cette stratégie de fuite sous-tend ainsi une préméditation de désertion de sa part.

L’illustration du «faux certificat de franchise» est inspiré d’un passeport délivré à New York le 21 avril 1783 à Cato Ramsay afin qu’il puisse se rendre en Nouvelle-Écosse ou autre part. Ramsay était un ancien esclave qui s’était réfugié derrière les lignes britanniques lors de la révolution américaine de 1775. Plusieurs milliers d’esclaves et de personnes libres afro-descendantes et africaines se sont rangés du côté de l’Empire pendant la guerre d’indépendance. Ceux que l’on appelle les loyalistes noirs se sont notamment établis en Nouvelle-Écosse et dans le Haut-Canada.

Selon le chercheur Frank Mackey dans «Done with slavery», André serait le même esclave qui, quelques années auparavant, contesta la légalité de son asservissement en cour, prétextant que son maître de l’époque le détenait illégalement; il ne fut toutefois pas en mesure de prouver ses dires.

Quelles langues maîtrisaient André ?

Français et anglaisHollandais et écossaisToutes ces réponses

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