
286Marguerite Vincent Lawinonkié
L'essor de l'artisanat à Wendake (Jeune-Lorette)
Au début du 19e siècle, la Nation huronne-wendat fait face à des enjeux territoriaux qui ébranlent leur mode de vie traditionnel. L'établissement d'habitants sur le territoire de Valcartier et les environs va restreindre les territoires traditionnels de chasse des Hurons-Wendat. Par la suite, la situation va s'accentuer par l'arrivée des Irlandais et des Canadiens-français sur les terres de Stoneham-et-Tewkesbury, ce qui force les Hurons-Wendat à voyager plus loin pour chasser et pêcher. D'ailleurs, la création du Parc des Laurentides et de clubs privés de chasse et de pêche ajoute des restrictions territoriales des activités traditionnelles des Hurons-Wendat.
Avec ce manque d’accès aux ressources du territoire, les artisans hurons-wendat, comme Marguerite Vincent Lawinonkié, entrainant plusieurs autres femmes, comprennent qu'il était inévitable de se tourner vers de nouvelles activités économiques, celles de l'artisanat.
À l'époque victorienne, le village de Lorette, connu aujourd'hui sous le nom de Wendake, devient un endroit apprécié par les voyageurs et les touristes. Les Huronnes-Wendat adaptent leurs créations artisanales aux besoins et aux goûts des gens du milieu bourgeois du 19e siècle. Grâce à leur créativité, leur capacité d'adaptation et leur habileté, les Huronnes-Wendat confectionnent divers objets utilitaires et décoratifs qui encouragent les visiteurs à rapporter avec eux un souvenir de leur visite à Wendake ou dans la ville de Québec.

La broderie en poil d'orignal
Selon les recherches du Musée McCord, l'utilisation du poil d'orignal dans l'artisanat et la décoration remonte à la période pré-contact. Dès lors, c'est avec l'arrivée des colons et la fusion des connaissances des autochtones et du savoir-faire des Ursulines que se développe véritablement l'art de la broderie en poil d'orignal. En 1714, mère St-Joseph, ursuline de Trois-Rivières, aurait enseigné l'art de la broderie sur l'écorce. De plus, mère Sainte-Marie-Madeleine, née Anne Du Bos à Sillery en 1678 d'un père français et d'une mère huronne-wendat, aurait consacré les dernières années de sa vie à enseigner la broderie en poil d'orignal.
Ainsi, la manipulation du poil d'orignal dans la broderie n'était pas nouvelle chez les artisanes de la Nation huronne-wendat qui l'utilisaient déjà pour la confection quotidienne de vêtements et objets utilitaires et décoratifs. Cependant, au 19e siècle, ce type de broderie prit une importance considérable due aux problèmes territoriaux. Les territoires de chasse des Hurons-Wendat sont désormais difficiles d'accès et les artisans de la Nation connaissent des problèmes d'approvisionnement. Les piquants de porc-épic utilisés fréquemment dans la fabrication d'objet deviennent plus rares et coûteux. En remplaçant ce matériel par le poil d'orignal, Marguerite Vincent Lawinonkié règle avec succès le problème de ressource.
La production artisanale, initiée par Marguerite Vincent Lawinonkié, prend rapidement une place importante dans le commerce, pendant cette période où les « curiosités indiennes » suscitent un grand intérêt à cause de leur utilité et de leur « exotisme » pour les touristes bourgeois de l'époque.

